Flora NGUYEN DONNIO - Photographe flora nguyen, basée à paris
Moscou Ete/Hiver - Fragments

Moscou, Septembre 2011. Je suis arrivée à l’automne, qui a été très bref cette année, sans babi leta, sans ces douces journées ensoleillées qui consolent un peu de la fin des grandes vacances et de l’annonce du rude hiver. Ce début d’hiver nous a rapidement englouti dans un déluge de boue et sous un ciel de plomb. Je n’ai vu à l’époque, que des avenues immenses, sur lesquelles fonçaient d’arrogantes cylindrées, toutes crasseuses, crachant bruyamment leur fumée poisseuse sur des immeubles gris, dont l’architecture hétéroclite me donnait mal au cœur. Les malheureux piétons naviguaient entre de profondes flaques d’eau essayant d’éviter de se faire asperger tout entier par les voitures roulant comme exprès, à flanc de trottoir.

Puis, le vrai froid est venu, moins 28° !, le ciel s’est éclairci et la neige a recouvert pour de bon les toits et les bulbes de Moscou.
J’ai découvert une saison ignorée en France, un hiver lumineux et cristallin, la neige et le soleil blanc embellissant la vieille mégalopole.
La rivière Moskova, dont la couleur indécise reflétait jusque là un ciel toujours maussade, devenait enchanteresse, glaciale mais avenante. Je m’y promenais, émerveillée par ses couleurs de fin de jour, subtiles et enveloppantes.

Au printemps, qui est déjà l’été, d’autres couleurs, plus franches et profondes sont apparues. En quelques jours à peine, des milliers de femmes fleurs aux couleurs chatoyantes ont éclos dans les rues, les souterrains, les quais de métro, les jardins du boulevard, ou sous les portiques d’immeubles croulants. Soudainement, alors que les corps avaient été soigneusement emmitouflés et cachés jusque là, une multitude de genoux, d’épaules, de chevelures péroxidées, de bras dénudés célébraient joyeusement le soleil retrouvé. Les corps se livraient dans le plissé des robes, les gestes se déliaient, la peau s’exposait. Les femmes couraient et dansaient dans les rues et les parcs. Elles défilaient dans leurs nouveaux et grâcieux apparats, et sur les rives de la Moskova, où on installait des plages éphémères, bronzaient nymphettes et tontons flingueurs.

Finalement, ce qui m’a surprise et m’intrigue toujours à Moscou c’est l’élément féminin, omniprésent. Mes photos d’hiver et d’été sont des impressions de ce féminin : la rivière Moskova ou, dans les rues de Moscou, les mouvements ou les gestes des femmes ; Le masculin est toujours à demi effacé, contrit, essayant maladroitement de contenir cette féminité quelque peu exacerbée, ou au contraire un jouisseur invétéré.

Pour reprendre A. Breton, la photographie, est pour moi l’attente magnifique d’un moment de beauté convulsive, un hasard objectif.


Texte et photos : Flora Nguyen


 
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